Nous rêvions juste de liberté – Henri Loevenbruck – Flammarion 2015

Comment écrire la chronique d’un livre qui en compte déjà tant? Comme je m’en veux d’avoir attendu tant d’années avant d’ouvrir enfin ce monument : j’avais une belle impression de l’écriture d’Henri Loevenbruck mais je me suis cantonnée à tort à la lecture de ses thrillers historiques… Or je m’aperçois que cet auteur sait parfaitement varier les genres et les styles pour notre plus grand bonheur !

Alors oui ! Je l’avoue, j’ai savouré ce road-trip comme il se doit: bien calée à l’arrière de la moto de Bohem, et durant tout ce récit, je ne l’ai pas quitté d’une semelle, plaquée contre son torse, partageant le quotidien de cette équipée sauvage, vibrant sous les trépidations de la machine comme sous les coups du sort… Les grands espaces, terres promises d’une liberté volée procurent bonheurs et espoirs mais abîment aussi, tuent parfois. Car la chute, le choc en atteignant l’asphalte, m’ont rappelée à l’ordre : la liberté oui mais à quel prix !

Nous rêvions juste de liberté est une quête initiatique bouleversante. Le titre en lui-même procure un pincement au coeur et prédit le pire. On rencontre les personnages lorsqu’ils sont gamins, alors forcément on s’attache… Tout commence à Providence, Rhode Island: Hugo, dit Bohem, souffre très jeune du manque d’amour de ses parents et vit dans la roulotte que Papy Galo, un gitan auquel il s’est attaché comme à un grand-père, lui a laissé après sa mort. Pour mauvais comportements, Hugo est envoyé dans une école privée, où il rencontre sa future bande de potes : Freddy, Oscar Le Chinois et Alex La Fouine. A la base, ce sont de bons petits gars et c’est ce qu’ils resteront dans le fond, pour la plupart… Et puis arrive la vie, la vraie vie: celle où on ne fait pas semblant, où l’on prend des coups que l’on rend au centuple, celle où l’on plie et où l’on trahit… Dans ce monde, des règles il y en a peu, juste celles à respecter pour intégrer un MC et ensuite monter son propre club… Trois valeurs sont primordiales : loyauté, honneur et respect. Résisteront-elles au désir de liberté ?

Le récit se lit avec une facilité déconcertante : en langage parlé, le narrateur relate les événements, les épreuves qu’il va vivre, lui et sa bande, leurs bonheurs et leurs peines de façon extrêmement touchante. Son récit nous va droit au coeur. Le lecteur comprend rapidement qu’il connaîtra tout de la vie de Bohem: ses moindres pensées, ses sentiments et émotions, et croyez-moi, le plus souvent c’est très percutant, drôle aussi… Et c’est peut-être là le pire car un sourire parfois appelle les larmes…

J’ai aimé le côté « populaire » de ce livre, dans le sens où le sujet peut toucher un grand nombre: comment résister à cette ode à la liberté, à l’amitié, à la Vie ! De par le style accessible à tous, c’est un titre que l’on peut mettre entre des mains inexpertes, des mains qui ont plus pour habitude de remuer le cambouis plutôt que de feuilleter des pages (mon mari en est un bon exemple: je suis sûre qu’une fois ce livre troqué contre la clé à molette, il sera apprécié de A à Z…)…

En dépit des apparences, ce roman véhicule de nobles valeurs : quelle humanité, comme souvent d’ailleurs, dans les livres d’Henri Loevenbruck… Quelle leçon de vie ! Alors Oui! mille fois oui ! Il serait dommage de se passer de cette belle rencontre : alors foncez !