Territoires – Olivier Norek – Editions Michel Lafon, 2014.

Après l’intensité émotionnelle procurée par l’excellent Entre-Deux-Mondes, il m’était évident de revenir vers un roman d’Olivier Norek, tant l’ultra-réalisme de son univers me captive. Me voici avec Territoires, paru aux Editions Michel Lafon en 2014, deuxième tome de la série consacrée au Capitaine Coste, initiée un an plus tôt par Code 93. Surtensions, prix du polar européen en 2016 en est le troisième volet. Dans cette trilogie, Olivier Norek nous entraîne sur le terrain, sur « son » terrain puisqu’il est lieutenant de police en Seine-Saint-Denis, et rien de tel qu’un expert en la matière pour retranscrire non seulement la violence des banlieues mais surtout la problématique politico-sociale complexe de ce département…

Et c’est là le sujet véritable de Territoires, qui a pour cadre la ville fictive de Malceny. En dépit de son nom, la cité des Poètes a tout du ghetto : dealers, guetteurs à chaque coin de rue, délinquants à toutes les strates de la société, nourrices (des retraités chargés de garder au chaud les pains de cocaïne dans le fond de leurs armoires…). Malceny donc, nous fait bon accueil: couteau sous la gorge, le lecteur comprendra vite qu’on n’est pas là pour en rire (malgré quelques dialogues cocasses et une scène d’autopsie mémorable…) : dès les premiers chapitres, l’exécution de trois jeunes caïds ouvre le bal. Le Capitaine Coste et son équipe connaissent bien les rouages de ce territoire, qui si l’on n’y prend garde pourrait bien exploser à la manière d’un auto-cuiseur en manque de surveillance: le trafic de stupéfiants est devenu une dynamique à part entière de l’économie locale, au vu et au su de tous, et même plus… savamment entretenue par les politiciens locaux, dont le but, outre de garder le pouvoir, est de maintenir la cité dans un calme toujours précaire…

Malceny n’a de fictif que le nom : le roman d’Olivier Norek est criant de vérité et nous immerge durement dans un paysage de guérilla urbaine, imposant une prise de conscience que ne sauraient nous procurer les reportages et informations télévisées sur le sujet. L’intrigue policière est menée de main de maître: des chapitres courts, un style relevé, des personnages bien cernés, aux relations complexes… Les dialogues percutants de la première partie laissent place à des scènes très cinématographiques dans la seconde… Les divers aspects de ce roman font de ce thriller une réussite de belle envergure. Même s’il n’atteint pas l’intensité d’Entre-Deux-Mondes, je ne peux que vous conseillez de lire ce livre, en l’incluant dans sa trilogie (dans l’ordre de préférence…😉).