Un cri sous la glace – Camille Grebe – Editions Calmann-Lévy, Février 2017.

« Il faut toujours se méfier de l’eau qui dort« … c’est par ce proverbe que j’ai envie de commencer la chronique de ce thriller psychologique suédois atypique, au titre énigmatique : Un cri sous la glace… Une glace faite de chair humaine, une personnalité introvertie, emprisonnée dans sa carapace jusqu’au jour où la glace se fissure…

Employée d’une chaîne de prêt-à-porter, Emma n’est pas une jeune femme comme les autres: elle est la fiancée « secrète » du célèbre Jesper Orre qui n’est autre que son richissime patron… Mais deux mois plus tard, plongeant la jeune femme dans le plus grand désarroi, celui-ci disparaît sans laisser de trace… Lorsqu’un cadavre féminin est retrouvé dans la maison de Jesper Orre, l’enquête est menée par Peter, un inspecteur émérite mais dont la vie personnelle est désastreuse. Il devra faire équipe avec Hanne, une profileuse criminelle avec qui il a eu dix ans plus tôt une relation qui s’est très mal terminée… Ensemble, ils vont tenter de recoller les morceaux mais ont tous deux de bien lourds secrets…

Autant le dire sans ambages, j’ai beaucoup aimé ce récit à trois voix qui nous entraîne, par alternance de chapitres dans la psychologie d’Emma, de Peter et de Hanne de façon extrêmement efficace. Il reste donc et c’est normal très peu de place pour l’action et pour les rudiments de l’enquête criminelle. C’est, à mon avis, un parti pris fort réussi de l’auteur, car à aucun moment je n’ai trouvé ce récit ennuyeux ou en perte de tension. Chaque personnage libère des bribes de son passé pour que nous puissions progressivement en découvrir les affects et les traumatismes. C’est parfois brutal mais dans l’ensemble j’ai éprouvé beaucoup d’empathie pour les personnages, comprenant chacune de leurs décisions ou de leurs hésitations même si j’aurais parfois réagi différemment.

J’ai trouvé Un Cri sous la glace particulièrement abouti pour un premier roman, notamment en raison de réflexions qui m’ont semblé très profondes sur des sujets difficiles: la maladie de Hanne (Alzheimer) et son impact social, le sentiment de culpabilité de Peter et son incapacité à s’engager dans une quelconque relation… Même si j’ai préféré le personnage d’Emma, décortiqué à la loupe, j »ai hâte de retrouver les enquêteurs Peter et Hanne dans les romans suivants de l’auteur… Pour une fois que je commence une série dans le bon ordre !