Opalescence : le secret de Pripyat – Amaury Dreher – Auto-édition, Février 2019.

Un homme seul face la grande roue déserte d’un parc de loisirs en plein hiver… La couverture de ce livre est une promesse de frisson, de mystère, et je ressens lorsque je la contemple la magie des lieux abandonnés qui exercent sur moi une force d’attraction inouïe… Je n’avais jusqu’alors jamais lu quoi que ce soit sur la catastrophe de Tchernobyl, qui a eu lieu alors que je n’avais qu’une dizaine d’années. Je n’ai pris conscience qu’une fois devenue adulte de l’impact de cet événement et de ses conséquences désastreuses. Un roman sur ce sujet grave m’intrigue donc autant qu’il me fascine. Mon impatience de lire ce roman était grande…

La première partie est addictive : le narrateur, personnage principal du livre, évoque son enfance à Pripyat, banlieue nouvelle de Tchernobyl. Nous sommes en avril 1986, rien ne manque dans cette petite ville florissante où il fait bon vivre: infrastructures sportives et culturelles abondent, financées par la centrale nucléaire toute proche… Un parc d’attraction est même sur le point d’y être inauguré… Fils d’un employé de la centrale, notre héros, qui a 8 ans à l’époque, voit son papa heureux de se rendre chaque jour à son travail… Jusqu’au jour de l’accident… L’enfant est aux premières loges face à cette catastrophe, et comprend vite que l’heure est grave, en dépit du calme apparent du voisinage, des pastilles d’iode distribuées pour se protéger d’une fuite radioactive et des messages laconiques diffusés à la radio : son papa est une des premières personnes dépêchées sur place, il en décédera deux mois plus tard et rien ne sera jamais plus comme avant… L’auteur s’est visiblement beaucoup documenté sur le sujet et nous fournit une charge d’informations importante qui même si elle peut surprendre dans un roman, m’a semblé intéressante et contribue surtout à rendre les personnages extrêmement réalistes. J’ai ressenti une forte empathie pour cet enfant, et par là même pour les victimes de cet accident bien réel. Etant donné qu’une centrale nucléaire fait partie intégrante de mon quotidien familial, il m’a été facile d’imaginer ma propre famille vivre cette situation catastrophique…

Bien des années plus tard, en rupture avec sa mère, notre héros devenu journaliste, prendra prétexte d’un article pour retourner à Pripyat dans le but de raviver le passé et de comprendre ses origines. Trente-cinq ans plus tard, le site est devenu une curiosité touristique, assez malsaine, régi par des agences de voyage spécialement agréées pour faire visiter les lieux, « la zone est elle-même devenue un semblant de parc d’attraction« … Là encore les descriptions que j’attendais tant sont convaincantes, ensorcelantes tout en étant très réalistes… Après une première et furtive excursion, qui donnera au lecteur l’envie d’en découvrir plus, notre héros enchaîne les périples dans le dédale de bâtiments abandonnés, au gré de rencontres tantôt bonnes tantôt mauvaises, qui l’aideront à comprendre les lieux passés et présents. Le tout reste bien documenté, on ressent la passion que l’auteur a pris dans ses recherches. Et c’est là aussi que le roman prend une tournure psychologique assez perturbante, et j’ai bien cru m’y perdre. Mais…

Tout comme dans la première partie, l’écriture est plaisante et travaillée, le vocabulaire recherché, mais le déroulement de l’intrigue reste un mystère… Pour certains, il manquera peut-être quelques explications… Personnellement, je préfère souvent quand l’intrigue d’un thriller est clairement expliquée, mais là j’y ai ressenti une ambiance propre à certains films de David Lynch où rêve et réalité se mélangent, et où finalement notre propre interprétation compte… Je pense que c’est ce qu’il se passe pour ce roman, et j’avoue que cela m’a beaucoup plu. Je serai tentée d’émettre quelques hypothèses d’explication quant au dénouement… Notre héros, en proie à la paranoïa et à la démence garde t-il des séquelles psychologiques incurables suite au drame vécu dans son enfance? Serait-il le symbole d’une population ravagée par les conséquences de cet accident nucléaire ? Peut-on voir en ce personnage (qui n’est à aucun moment nommé, comme s’il n’avait pas d’existence propre ou comme si l’auteur voulait lui donner un caractère abstrait), une allégorie de notre planète soumise au risque de la radioactivité ?

L’auteur soulève de nombreuses questions, et je trouve sa manière de procéder très efficace pour aborder ce sujet qui divise. Ma conclusion est finalement très positive : l’auteur ne se contente pas de poser des faits, il navigue entre réel et imaginaire, laissant libre cours à l’interprétation du lecteur. Je remercie Amaury Dreher de m’avoir confié ce roman, qui j’espère vous plaira autant qu’il m’a plu !