Juges et coupables – Guillaume Herambourg – Auto-édition, Août 2018.

Je remercie tout d’abord Guillaume Herambourg de m’avoir invitée à partager son univers : « Juges et coupables » n’est pas une simple lecture, mais plutôt une expérience qui ne laissera aucun lecteur indifférent, tant ce roman présenté comme un thriller psychologique, sort des sentiers battus et bouleverse les codes du genre. Intriguant, n’est-ce pas ?

Ce livre s’adresse à un public averti: il impose d’être concentré et attentif, notamment dans les premiers chapitres. Le style, le rythme sont inédits, l’écriture est très travaillée, parfaitement adaptée au propos, et son originalité peut faire la force de ce roman tout comme sa faiblesse, c’est quitte ou double, selon le lecteur. Une chose est sûre, cette lecture est éprouvante… mais le fait qu’elle soit hors du commun vaut le détour.

Juges… et… coupables : le paradoxe présent dans le titre annonce la complexité du contenu. De personnages tourmentés, victimes ou bourreaux, -les deux parfois- aux confessions d’un carnet intime, l’auteur alterne récits de violences, sombres pensées et profondes réflexions, à la fois poétiques, philosophiques voire métaphysiques. Luce, sous l’influence de Jack, part à la dérive, commet des actes graves, mais en souffre également et éprouve de la peur face aux conséquences de ses actes. En parallèle, Lucia, comme une voix-off , expose dans son journal intime, ses réflexions éclairées et réalistes, comme un commentaire acerbe mais constructif sur les situations complexes que vit Luce.

Ce roman ouvre sur de multiples réflexions, des questions se posent sans que l’auteur y apporte forcément de réponses, laissant ainsi le lecteur libre de son interprétation, le plongeant dans le doute, jusqu’à remettre en cause ses propres jugements : nous jugeons trop, trop vite, à tort sans savoir ce qui se cache derrière certains actes. Nous ne savons plus très bien où se trouve la frontière entre le bien et le mal. L’expérience est déroutante.

Dans ce jeu de miroir entre les personnages de Luce et de Lucia, se reflète également le malaise de notre société en proie à la suprématie du conformisme, à la perte de l’individualité: l’abandon de nos réactions en tant qu’individu, notre passivité, notre lâcheté prenant le pas sur nos convictions intimes. La psychologie humaine est passée au crible, pour en extraire toute la noirceur, et par opposition, c’est bien sûr de là que va naître la lumière, l’humanité à laquelle veut nous rappeler l’auteur. Un message d’amour que recevra comme une récompense le lecteur attentif et réceptif à ce roman.

Je ne me suis pas sentie très à l’aise dans la lecture de ce roman, par crainte, je pense de me perdre : les sujets de réflexion sont si nombreux que j’étais comme suspendue à un fil, en me disant que j’étais sûrement en train de passer à côté de quelque chose… Mais à la fin de ma lecture, je ne peux que saluer le talent et l’audace de l’auteur : déstabilisant à plus d’un titre, ce roman noir est étrange dans sa forme, perturbant dans son propos et intense dans les réflexions suggérées. Je le conseille à qui souhaite tenter l’expérience d’une lecture vraiment différente.