Un enlèvement – François Bégaudeau – Gallimard, Collection Verticales – Août 2020.

Lorsque Babelio m’a proposé de recevoir ce roman, je n’ai pas hésité: j’avais de l’auteur déjà lu Molécules, un roman atypique, mêlant policier et burlesque, dans un style déroutant qui m’avait beaucoup plu. Je m’étais donc fait une joie, avec Un enlèvement de retrouver sa plume.

La famille Legendre passe ses congés d’été à Royan : typiques bobos parisiens, les membres de cette famille que l’on découvre rapidement dysfonctionnelle ne cessent de vouloir performer même en vacances : Brune, la mère, conseillère en communication de crise, impose à ses proches de verbaliser le moindre problème pour éviter les ressentiments… Emmanuel, le père est accro au running, scotché en permanence à sa montre GPS qui compte les kilomètres parcourus, comme s’il souhaitait plus que tout s’éloigner de l’étouffant cocon familial… Justine, pré-ado intelligente et perspicace fait la fierté de ses parents, contrairement à son cadet, Louis, 6 ans, un gamin à la traîne dans les aptitudes scolaires et plutôt du genre mutique. Devant cette course à la performance, le petit dernier a t-il décidé de faire de la résistance ?

Nous voici donc dans la peau d’Emmanuel, ce père de famille bourgeois, que l’on présume droit dans ses bottes mais dont on devine rapidement les failles. Le personnage est contrasté : un tempérament intransigeant qui cache une profonde hypocrisie, envers son épouse, ses enfants et la société dans son ensemble. Partagé entre le souhait de préserver les apparences d’une famille BCBG et le désir de vivre passionnément, Emmanuel ne supporte plus d’être enfermé dans cette vie somme toute étriquée. Parfaitement adaptée à la situation, l’écriture à la première personne est frénétique, emprunt d’un léger humour pince-sans-rire et parfois caustique; le récit est fluide, ponctué de métaphores tantôt drôles, parfois inquiétantes, quant à l’état d’esprit de ce père de famille.

Avec un titre tel que celui-ci je m’attendais à une nouvelle intrigue, espérais-je aussi cocasse que Molécules. J’ai malheureusement été déçue sur ce point: hormis le style qui porte légèrement à sourire, il n’est pas question ici d’enquête policière, la disparition d’un adolescent est simplement évoquée en toile de fonds. Il m’est difficile de définir ce roman : si au départ, Un enlèvement oscille entre le thriller domestique et la satire sociale, celle-ci semble finalement l’emporter et si tel était le but de l’auteur, je pense alors que c’est une réussite. Je n’ai pas pleinement apprécié ce roman, peut-être ne l’ai-je pas bien compris, notamment la fin qui pour moi est restée nébuleuse. Toutefois, je suis certaine que ce livre trouvera son public, tant le point de vue de l’auteur sur une certaine classe sociale me semble tranché, précis et truculent.

Je remercie Babelio et les Editions Gallimard de m’avoir proposé cet ouvrage.