La vérité sur l’affaire Harry Québert – Joël Dicker – Editions De Fallois Poche, Juillet 2014.

C’est par le petit écran que j’ai découvert La Vérité sur l’affaire Harry Québert, j’avoue garder un excellent souvenir de cette adaptation : une Nola qui crevait l’écran, un Harry très séduisant, une intrigue à tiroirs comme je les aime, et une fin totalement inattendue !!! Il ne me restait donc qu’une chose à faire, et non des moindres : découvrir l’écriture du si médiatisé, adulé, décrié… Joël Dicker !

En 2008, Marcus Goldman, un jeune écrivain à succès, est en panne d’inspiration : il est incapable d’écrire le nouveau roman qu’il doit remettre, en temps imparti, à son éditeur. En désespoir de cause, il appelle à l’aide son ami et ancien professeur, Harry Québert, l’un des plus grands écrivains du pays. Mais celui-ci est brutalement rattrapé par le passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence d’Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Sur place, il fait l’objet de menace: quelqu’un est fermement opposé à l’idée d’innocenter Québert… Mais Marcus Goldman décide de souder son destin à celui d’Harry en écrivant un livre sur cette affaire. Pour cela, il devra répondre à cette question : qui a tué Nola Kellergan ?

Difficile de parler de ce roman sans trop en dire, car tout ce que l’on apprend au fur et à mesure de cette enquête et que l’on prend pour la vérité, se délite au fur et à mesure des nombreux rebondissements, et ce jusqu’aux toutes dernières pages! Cet incroyable roman se dévore en dépit de ses 850 pages : l’intrigue est savamment menée sur deux périodes différentes (1975 et 2008), de multiples aller-retours entre passé et présent brillamment orchestrés, un rythme soutenu en dépit de quelques longueurs, font de ce roman un véritable page-turner, agréable et addictif. L’efficacité de ce roman passe par sa construction exceptionnelle et par ses multiples péripéties. Le style de l’auteur , quant à lui, reste plutôt commun.

Ce roman est le récit d’ un amour impossible (et pourtant on a envie d’y croire) entre deux êtres que tout sépare, une histoire qui devrait être licencieuse, interdite mais qui déborde pourtant de pureté. Toutefois, il m’a manqué quelque chose dans les dialogues pour y croire vraiment : les échanges entre Harry Québert et Nola sont minimes et frisent la niaiserie, « Harry chéri », »Nola Chérie, N.O.L.A. » dix fois de suite servent donc de base à cette si grande passion… Nola s’éprend d’un écrivain, prétend l’aimer pour son talent, ce qui révèle chez elle sensibilité et intelligence, mais les dialogues sonnent creux et donnent au contraire l’impression que Nola est une écervelée. Dommage, mais on s’attache tout de même au personnage. Les échanges entre Goldman et le sergent Gahalowood sont acerbes et drôles, de même que les coups de fils entre Goldman et sa mère sont truffés d’humour : l’apprenti écrivain, plutôt imbu de lui-même est prétexte à certaines situations cocasses.

Ce roman est aussi l’histoire d’une amitié entre deux écrivains, l’élève et son mentor, qui engendre une réflexion parfois mémorable sur le travail d’écriture, je ne peux m’empêcher de citer cet extrait : « Les mots sont à tout le monde, jusqu’à ce que vous prouviez que vous êtes capable de vous les approprier. Voilà ce qui définit un écrivain. Et vous verrez, Marcus, certains voudront vous faire croire que le livre est un rapport aux mots, mais c’est faux: il s’agit en fait d’un rapport aux gens. » Le sujet donne lieu à une critique assez virulente du monde de l’édition et du marketing autour d’un best-seller.

En bref, même si je pense avoir été influencée dans ma lecture par la série TV vue auparavant (connaissant déjà l’intrigue, j’ai eu plus de facilité à comprendre la complexité du roman), je trouve que La Vérité sur l’Affaire Harry Québert est un excellent roman, et comme l’écrit Joël Dicker, à juste titre « Un bon livre, Marcus, est un livre qu’on regrette d’avoir terminé. »