A nos membres fantômes – Sara Dombret – Editions Névrosée, Mai 2019.

Catherine est une célibataire endurcie. Architecte de métier, elle mène une vie tranquille à Bruxelles, et s’occupe de sa mère Suzanne qui souffre de la maladie d’Alzheimer. Son cousin Emeric, qu’elle ne connaissait pas pour cause de querelle familiale ancestrale, lui demande de l’aide pour rénover sa maison. A contrecœur, Catherine accepte: la voilà lancée dans une incroyable quête originelle! La cave de la maison, trop petite, cache une pièce secrète… Dans une malle, les deux cousins trouvent la photo d’une femme qu’ils ne connaissent pas, pourtant celle-ci porte la même tâche de naissance que Catherine !

Au dos de ce livre magnifique: « Les secrets sont faits pour être découverts. Parce que la famille, c’est comme un bras amputé qu’on continue de sentir longtemps après qu’il ait disparu. Ce passé, même ignoré, même s’il ne nous appartient pas, même s’il est mort depuis longtemps, il traverse les corps. »

En lisant cette quatrième de couverture, je me suis précipitée sur ce roman et j’ai rapidement été envoûtée par l’histoire et le style de l’auteur: sensible, imagé, tantôt léger ou drôle, souvent profond et poétique. J’ai adhéré à ce récit raconté par un fantôme, une sorte de voix-off, narrateur omniscient, qui nous éclaire ou à l’inverse peut aussi ajouter au mystère… Pas de dialogue, les échanges entre les personnages nous sont « retransmis » par ce fantôme, qui assiste à l’évolution de l’enquête menée par Catherine et Emeric : « Les murs savent. Imprégnés de ces malheurs. Mais que peuvent-ils à part grincer. Aussi impuissants que les mots« . L’intrigue est menée comme une enquête, un mystère à élucider : quoi de plus tentant qu’un secret enfoui dans une demeure familiale aux allures néogothiques? Le poids des mensonges d’une famille bruxelloise -dont l’histoire tragique puise ses racines dans la seconde guerre mondiale, pèse lourd sur leur descendance.

Le personnage de Catherine intrigue, agace, émeut, elle est faite de contradictions qui font que finalement chacun peut éprouver pour elle de l’empathie : elle est mal à l’aise dans son époque, comme retenue par un passé qu’elle ignore et qui l’empêche de vivre sereinement.

Morceau choisi : » on croit qu’être seul, c’est n’avoir personne autour de soi. Ca n’a rien à voir. Etre seul, c’est être entouré d’une multitude de gens bruyants et envahissants sans faire partie de rien. C’est sentir ce rien dans sa chair.« 

Ce fut une très belle lecture : j’ai eu envie de connaître le passé de cette famille et j’ai été emportée par les mots et le talent de l’auteur. Je remercie Babelio et les Editions Névrosée pour la découverte de ce roman.