Okuribi : renvoyer les morts – Hiroki Takahashi – Editions Belfond, Octobre 2020.

J’ai reçu ce roman dans le cadre d’une masse critique Babelio, que je remercie vivement pour cette lecture. C’est un roman très court mais que l’on ne peut oublier : il m’a bercée de poésie, de lyrisme de façon très agréable, envoûtante, avant de me transpercer par sa violence, sa brutalité. Ce récit tout en contraste est, à mon goût, une parfaite réussite.

Ayumu vient de quitter Tokyo pour emménager à Hirakawa, une petite ville de province où son père a été muté. L’adolescent a l’habitude des déménagements, il change fréquemment de collège, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Celui qui vivait dans la mégalopode intrigue ses nouveaux camarades, mais grâce à sa perspicacité et à son intelligence relationnelle, Ayumu s’intègre très rapidement à un petit groupe mené par Akira, un garçon à la personnalité agressive. Celui-ci l’initie à des « jeux », qui parfois s’apparentent à des faits de délinquance, dont Ayumu se rend complice malgré lui. Impuissant, il observe le sadisme d’Akira envers un garçon timoré, Minoru, qui est le souffre-douleur de la bande.

Nous suivons donc le point de vue d’Ayumu, un garçon sensible, un brin philosophe, qui observe pacifiquement tout ce qui l’entoure, à commencer par la nature. Celle-ci, dans ces terres reculées du Japon est omniprésente: la végétation y est luxuriante et auprès des rivières, lacs, et rizières, se cache l’âme d’un peuple dont il apprend à connaître les coutumes et traditions. Puis la tension monte au fur et à mesure des rencontres entre les jeunes, de leurs « jeux » sournois, de leurs rapports de force, et l’on avance progressivement vers un dénouement que l’on devine cruel et implacable… La poésie opère, je m’y suis laissée prendre, et me suis retrouvée plongée comme dans du coton, avec douceur, délicatesse, dans les pages de ce roman… C’est là que le piège se referme, car la violence, lorsqu’elle survient, est inéluctable et projette le lecteur dans un abysse de cruauté.

La qualité de ce roman réside dans ce contraste entre douceur et violence et j’ai l’impression, sans m’y connaître réellement, que ce paradoxe définit très bien la culture japonaise. C’est une bien sombre expérience que nous propose l’auteur : comme si nous entrions avec beaucoup de douceur dans un monde où la violence gratuite atteint son paroxysme ! Un roman choc!