Quatre Juillet – Lucie Brémeault – Librinova, Février 2021.

« La première enquête de Nick Follers », m’a été proposée par Librinova que je remercie d’ors et déjà pour cette lecture. Nick Follers est un personnage récurrent de Lucie Brémeault, puisqu’il apparait dans son roman La seconde vie de Rachel Baker, paru en février 2020 chez Plon.

Juin 1993, deux couples d’amis louent une villa isolée sur la côte de Virginia Beach. Farniente, barbecue et feux d’artifice du 4 Juillet sont au programme de ces deux semaines de vacances d’été qui s’annoncent paradisiaques. Mais au lendemain de la Fête de l’Indépendance, trois des vacanciers sont découverts éventrés. Seule Eva a survécu à ce massacre et est retrouvée sur la plage, choquée et amnésique. L’inspecteur Nick Follers de la brigade criminelle se charge de cette enquête.

Les premiers chapitres sont véritablement intrigants, sombres et bien menés: l’accroche est réussie. L’ambiance entre les deux couples devraient être à la fête mais leurs relations semblent assez complexes. Ted et Mark sont deux amis de longue date que tout oppose: Ted, le compagnon d’Eva vit de petits boulots, est assez frivole, tandis que Mark, en couple avec Helen, est carriériste et travaille au service juridique d’une entreprise d’import-export. C’est d’ailleurs le directeur de cette entreprise, son patron donc, qui lui loue la villa. Ted n’a pas le même niveau de vie que Mark, mais peu importe car leur amitié prévaut sur le reste. Les deux jeunes femmes ne sont pas véritablement amies, mais apprennent à se connaître durant le séjour et finissent par partager des secrets assez intimes, lointains et difficilement supportables. Eva semble vivre une relation toxique avec Ted, un homme manipulateur, qui lui reproche son alcoolisme. Elle confie chaque jour ses pensées à un journal intime, qu’elle dissimule aux autres… L’ambiance est tendue dès le départ, on sent les non-dits, les secrets enfouis, une tension psychologique pesante habite certains personnages. Et puis, un homme rôde sur la côte, avec un cerf-volant, et semble observer la villa…

Nick Follers est un flic désabusé, aigri de ne pas avoir trouvé la femme idéale, l’appartement rêvé et surtout l’affaire de sa carrière. Dépressif, il sombre dans l’engrenage de l’alcoolisme, se fait malmener par ses collègues avec qui il est régulièrement en conflit, mais peut tout de même compter sur le soutien de son supérieur, tant qu’il est capable d’effort pour se raisonner quant à sa consommation d’alcool… Je ne dirai pas que c’est un flic atypique, mais il a quelques caractéristiques qui le sortent du commun des policiers romanesques : il ne quitte jamais sa secrétaire, une vieille Ford dans laquelle, il mange, boit, travaille et dort le plus souvent… C’est le bon flic américain, qui possède ses travers mais qui a du caractère. S’il n’est pas déterminé à stopper la boisson, il est toutefois fermement décidé à mener à bien son enquête, et surtout à ce qu’on ne la lui retire pas en dépit de ses frasques… ça ne fait pas de lui un personnage attachant, pas plus qu’Eva d’ailleurs, par contre le style de l’auteure, particulièrement retors, m’a beaucoup plu : une écriture franche et inventive, une gouaille qui colle tout à fait au genre polar américain, que j’ai apprécié dans la première partie du roman, puis elle se tarie avec la progression de l’enquête et devient plus lisse sur la seconde moitié du livre. Je ne dirai pas que le dénouement m’a convaincu, je m’attendais à un peu plus de complexité mais tout va très vite sur la dernière partie, alors que certains faits auraient mérité d’être approfondis.

Quatre Juillet est donc un roman court et intense, une première moitié passionnante, intrigante, vraiment réussie, un dénouement en demi-teinte, mais un style qui vaut le détour, acharné et vif. Mais ce n’est que mon avis, n’hésitez pas le découvrir!