Qu’ils brûlent – Chris Hammer – Editions Fayard, 05 Mai 2021.

A Riversend, petite ville australienne terrassée par la sécheresse et le déclin économique, Byron Swift, jeune pasteur apprécié de tous, tue de sang froid cinq de ses paroissiens devant son église, avant d’être abattu à son tour. Cet accès de folie meurtrière demeure inexpliqué jusqu’à ce qu’un an plus tard, le journaliste Martin Scarsden s’installe quelques jours en ville pour écrire un article sur les suites de cette tuerie et son impact sur la communauté de Riversend. Pour les besoins de son enquête, il rencontre quelques uns des habitants qui vivent encore dans cette ville désolée. Il se rapproche de Mandalay Blonde une libraire qui élève seule son enfant, et défend farouchement le pasteur, de même que Fran Landers, l’épouse d’une des victimes du massacre. Alors qu’il est encore hanté par son passé de correspondant de guerre, Martin tente d’établir le lien entre le massacre et la découverte des corps de deux touristes allemandes retrouvées au fond d’un réservoir. Peu à peu, cette enquête journalistique devient une tempête médiatique sans précédent.

Intriguée par la couverture de ce roman, je me suis laissée tenter par cette enquête menée par un journaliste dans l’arrière-pays australien. Ayant encore en tête les images d’un pays ravagé l’an dernier par les incendies, faunes et flores entièrement détruits par des feux de brousse indomptables, j’ai été sensible à la photographie représentant un kangourou dont on sait que la population, ainsi que celle des koalas ont été décimées par la catastrophe. L’Australie m’a toujours fait rêvée mais c’est avec un pincement au cœur que j’imagine désormais ce pays comme un avant-goût de l’enfer.

Les incendies sont la toile de fond de ce roman, ils encerclent une petite ville quasi fantôme perdue au fin fond du bush, où « quand le wifi fonctionne c’est comme l’assistance gouvernementale en période de sécheresse: un vrai compte-goutte »… Abandonnés du reste du monde, ses habitants y survivent tant bien que mal et entretiennent quelques secrets du cru qu’il vaut mieux ignorer… Le style de Chris Hammer est impitoyable comme le soleil brûlant du désert, quasi hypnotique pour nous tenir en haleine tout au long de cette intrigue sombre et complexe, où l’on ne devine rien, pas même un soupçon de dénouement. Lorsque celui-ci arrive il se joue sur quelques pages dont il ne faut rien perdre pour comprendre, enfin. Car j’avais vraiment hâte de savoir les raisons pour lesquelles un homme de foi à la personnalité contradictoire a pu abattre de façon calme et méthodique plusieurs personnes, sans laisser présager une quelconque motivation: ni conflit, ni heurt. Est-ce la rumeur malsaine qui se répand comme un flammèche dans la brousse et qui s’enflamme pour détruire une communauté, qui est à l’origine de ce massacre?

En dépit de son intérêt constant, le récit aurait peut-être gagné à être un peu plus court, car l’intrigue est fortement axée sur les travers du métier de journaliste. Profession initiale de l’auteur, ce qui apparait comme une évidence lorsqu’on suit le personnage de Martin Scarsden. Alors qu’il se rapproche de certains membres d’une communauté très éprouvée par la tragédie, celui-ci doute de ses actes, se remet en question face à l’implacabilité d’un métier par lequel on peut anéantir sans scrupule la réputation d’une personne. Martin Scarsden est un homme partagé entre la passion de son métier et l’empathie qu’il est capable d’éprouver pour des êtres touchés par le drame. Il est pris dans une tempête médiatique qu’il ne maîtrise plus, et s’aperçoit que le revers de la médaille peut être douloureux.

Malgré quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce roman pour son intrigue bien menée, limpide et attrayante, ainsi que pour ses personnages tout en contradiction. Je remercie les Editions Fayard et la plateforme Netgalley pour cette lecture passionnante.