Monstrueuse féerie – Laurent Pépin – Editions Flatland – Octobre 2020.

Atypique, le mot est faible pour qualifier cette novella d’une centaine de pages, brève mais d’une intensité extraordinaire. Je n’ai jamais rien lu de tel: les yeux écarquillées je me suis aventurée dans cet OLNI totalement déconcertant ! Comme je m’y attendais un peu en abordant ce « conte psychiatrique », j’ai du faire preuve de concentration pour être un maximum réceptive à ce texte qui traite de la folie, présentée du point de vue d’un névrosé.

« Depuis toujours, j’ai du mal à établir des contacts avec les gens « normaux ». Quand je suis dans le trou noir, la tronche à l’envers, avec l’envie d’engueuler le vent et les oiseaux, je me dis parfois que ce sont des modèles en série, des ersatz, des brumes floues, sans consistance. »

« Alors que les bizarres, c’est plus noble. Eux, ce sont des modèles uniques qui sont nés sans mode d’emploi et en kit et qui ont dû se fabriquer seuls. Alors, bien sûr, ça donne des constructions très personnelles. Les idées ne sont pas au bon endroit, ou bien elles sont morcelées ou trop vastes, sans limites. Et parfois, il manque des pièces. C’est le problème des trucs en kit.« 

Le narrateur est psychologue en clinique psychiatrique mais souffre lui aussi de troubles psychologiques liés à son enfance au sein d’une famille vraisemblablement dysfonctionnelle, victime d’une maltraitance insidieuse. Surmonter ses traumatismes en aidant les autres est certainement plus altruiste qu’efficace, car le voilà à l’âge adulte pansant ses plaies en s’inventant une elfe pour compagne. Mais dès que cette elfe apaisante s’absente et le rend à son triste sort, notre psychologue retrouve un univers peuplé de Monstres et autres délires psychotiques poétiques terrifiants, il nous entraine alors dans un imaginaire effroyable et désopilant. L’extravagante couverture vaut d’ailleurs d’être vraiment admirée en détail, elle laisse présager un pêle-mêle de scènes ahurissantes, mais on est loin du compte : certains passages sont cauchemardesques et replongent le narrateur en enfance, avec une vision totalement déjantée de la réalité. On oscille en permanence entre l’imaginaire et le réel: s’il m’a été difficile au début de distinguer le quotidien du narrateur et ses rêves, je me suis laissée emportée par le texte, par la poésie qui émane de ces lignes.

Je me pose une question, que chacun peut se poser en lisant ce livre : l’auteur parle t-il de lui-même, est-il le narrateur de ce récit (Laurent Pépin est psychologue clinicien), a t-il réellement ce point de vue sur le monde qui l’entoure? Ou, en clinicien justement observe t-il ses patients pour retranscrire le plus justement possible leur univers au travers de ce texte ? L’auteur a en tout cas une sensibilité hors-norme qui m’a beaucoup touchée… parce qu’il fallait oser tout de même écrire ce texte, sur ce sujet, et le faire avec beaucoup d’humanité. Je remercie l’auteur de m’avoir contactée pour m’offrir cette lecture sombre, insaisissable et époustouflante… Je vous conseille cette lecture que vous ne trouverez nulle part ailleurs, vous aimerez ou pas… mais j’aimerais avoir votre avis !!