Le jardin des monstres – Lorenza Pieri – Editions Préludes – 08 Septembre 2021.

Saga familiale, roman initiatique, hommage à l’artiste engagée Niki de Saint-Phalle, Le Jardin des Monstres est le second roman de l’autrice italienne Lorenza Pieri.

A la fin des années 1980, dans le village toscan de La Maremme, deux familles s’unissent pour créer une affaire commerciale : Sauro Biagini, éleveur de chevaux, et Filippo Sanfilippi, politicien, ouvrent un restaurant huppé proposant des randonnées équestres. Mais des conflits et tensions apparaissent car la famille de Sauro est exploitée, notamment son épouse Myriam et sa fille Annamaria qui n’a que quatorze ans mais doit servir en salle et s’occuper des chevaux. Annamaria manque de confiance en elle, surtout face à Lisa, la fille de Filippo qu’elle envie et admire. Jusqu’à ce qu’elle découvre dans le voisinage le Jardin des Tarots, une création de la plasticienne Niki de Saint-Phalle.

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte est une période difficile pour beaucoup, à l’instar d’Annamaria, la jeune héroïne de ce récit initiatique. Quatorze ans au début du roman, quelques années de plus à la fin de celui-ci, un physique qu’elle juge disgracieux, Annamaria manque de confiance en elle et n’est pas de celle sur qui on se retourne, sauf pour se moquer. Mais elle est intelligente et surtout sensible et lumineuse à sa façon. Totalement opposée à son amie Lisa à qui tout réussi, Annamaria rêve d’échapper à son destin. Sa rencontre avec Niki de Saint-Phalle, icône féministe transcendée par ses blessures, va changer sa vie. L’artiste s’est établie non loin de là, a engagé la cousine d’Annamaria comme assistante, et crée des sculptures gigantesques figurant les arcanes du tarot. Poursuivie par un lourd passé (Niki de Saint-Phalle a été abusée par son père à l’âge de onze ans), l’artiste souffre de problèmes psychologiques qu’elle exorcise en créant ses « monstres » de céramique. Touchée par cette jeune fille à qui la vie ne fait pas de cadeau, elle conseille Annamaria, lui montre la voie par laquelle elle pourra échapper à cette existence étriquée, à cette famille qui l’étouffe et à ses complexes qui l’empêchent d’avancer dans la vie.

Je cherchais un roman ensoleillé pour l’été, plus léger que mes lectures habituelles et je suis ravie de ce choix, car bien qu’il soit par certains sujets assez sombre, ce roman n’en est pas moins une saga familiale agréable à lire. J’ai suivi avec plaisir l’histoire tortueuse de la famille Biagini, les trahisons, les tromperies, les frasques de Saverio et les tourments d’Annamaria. J’ai surtout apprécié la façon dont l’auteure a mis en scène l’artiste engagée Niki de Saint-Phalle, mêlant avec brio réalité et fiction. J’en ai appris beaucoup plus sur cette artiste et me suis véritablement intéressée à son oeuvre.

De nombreux thèmes sont abordés dans ce livre : la place des femmes dans la société italienne, le féminisme, l’épanouissement personnel, l’amour, l’amitié, la thérapie par l’art… Le style de l’auteur demande toutefois une certaine concentration: je n’ai trouvé à ce livre aucun temps mort, aucune longueur mais de nombreux personnages, notamment au début avec lesquelles il faut se familiariser rapidement au risque de perdre le fil. J’ai vraiment apprécié cette lecture qui de prime abord n’était pas faite pour moi, comme quoi il ne faut pas hésiter à sortir de sa zone de confort!

Un grand merci aux Editions Préludes, via Netgalley pour cette lecture passionnante!

Le Jardin des Tarots (Garavicchio de Pescia Fiorentina)
Niki de Saint-Phalle