Roussalki – Alexandre Page – Auto-édition – Juillet 2021.

Roman d’inspiration gothique, Roussalki nous entraine dans la Russie du 19ème siècle, à la poursuite de redoutables sirènes issues de la mythologie slave. Un récit d’un autre temps, terriblement envoûtant!

Vassili Vassilievitch Saltikov est folkloriste, son métier consiste à collecter les récits et traditions populaires pour les transmettre aux futures générations. Originaire de Saint-Petersbourg, il se rend dans la province de Tcherepitsa où, selon une vieille légende mongole, un lac maudit serait peuplé de sirènes qui piègent les jeunes gens. On dit que ce sont à l’origine des jeunes filles devenues folles de ne pas avoir trouvé l’amour qui se sont suicidées en se jetant dans le lac et serait réapparues sous la forme de sirènes, les roussalki… Prétextant vouloir recueillir le témoignage des habitants du village à propos des sirènes, Saltikov cache une personnalité plus ténébreuse, dissimule un lourd secret et un projet plus effrayant encore… Joue t-il franc jeu avec les habitants qu’il rencontre? Quel secret est-il venu percer à Tcherepitsa ?

Je me suis laissée emportée avec plaisir par ce récit d’une autre époque, que l’on croirait écrit par un auteur romantique du 19ème. J’ai songé durant ma lecture au Château des Carpathes de Jules Vernes, à Dracula de Bram Stoker, entre autres, pour le style littéraire fait de longues descriptions soignées et méticuleuses des paysages, des coutumes locales, des habitations… Je n’ai eu aucun mal à visualiser cette Russie du 19ème siècle. Les lieux scrupuleusement dépeints créent l’atmosphère sombre de ce récit: un manoir gothique décrépi habité par une comtesse recluse, la mystérieuse maison d’une sorcière sur les bords d’un lac maudit, entouré de marécages sinistres. Oh comme ça m’a plu!

Les personnages ont également les caractéristiques des héros romantiques. La comtesse Zoubrovski est une jeune femme à la santé fragile, que seul un amour inattendu pourrait sauver d’une longue dépression car elle pleure sa sœur mélancolique dont le suicide serait imputé aux sirènes… Le personnage principal Saltikov, a entrepris ce long voyage par amour pour sa fiancée restée en Crimée. Dépassé par ses émotions, il est capable de tout pour elle, du pire surtout… La quête de Saltikov est double : prouver la vérité des fondements d’une légende et mener à bien un projet personnel dont je ne révélerai rien… L’esprit cartésien de cet homme est contredit par le souhait justement de rencontrer l’irrationnel. L’obscurantisme qui régnait à cette époque au fin fond des campagnes est bien retranscrit: le manque de culture emprisonne les habitants dans leurs superstitions, les croyances enracinées prédominent sur l’éducation. Je n’ose imaginer les recherches nécessaires à la construction de ce récit parfaitement maitrisé, au vocabulaire précis et recherché utilisé pour dépeindre l’habitat et les coutumes prussiennes. Alexandre Page est docteur en histoire de l’art, et partage au travers de ses romans sa passion pour la Russie, je le remercie infiniment pour cette excellente découverte !!!!!!!!!