Le palais des innocents – Franck Schemer – Editions Rémanence – Juillet 2021.

Lieux cultes, légendes anciennes et contes célèbres sont rassemblés dans ce roman policier qui a pour cadre la ville de Thann en Alsace où se trouvent les ruines du château d’Engelbourg. Lors de sa démolition au 17ème siècle, la tour principale de ce château s’est effondrée en plusieurs tronçons dont un s’est figé d’une étrange façon, depuis on l’appelle « l’oeil de la sorcière ». Franck Schemer s’est inspiré de ce lieu pour écrire cette histoire sombre et originale.

Depuis cinq années consécutives, à la même date un enfant est retrouvé mort, assassiné par l’un de ses camarades. Tous les ans, ces crimes se reproduisent comme un rituel et sont toujours précédés de lettres anonymes reçues par les futurs meurtriers. Ceux ci ont visiblement été conditionnés pour commettre ces crimes, restent ensuite prostrés face à leur acte et internés en hôpital psychiatrique. Depuis cinq ans aucune explication plausible à ces meurtres, à ces actes abominables commis par des enfants sur leurs semblables… Seul indice, ces lettres évoquant une sorcière « qui donne et qui sourit... » Bernard Cornière, policier dans la quarantaine à l’obésité morbide, est chargé de l’enquête. Il rencontre par hasard une jeune serveuse Olivia qui vit avec Thomas son jeune frère surdoué chez leur oncle. Parmi les amis d’école de Thomas figuraient victimes et tueurs… Ensemble, ils vont tenter de résoudre l’enquête…

N’attendez pas de cette fiction qu’elle soit crédible: cette histoire d’enfants tueurs manipulés par une prétendue sorcière est irréaliste et fantasque. Une fois ce postulat accepté, on croit à plusieurs reprises frôler la limite avec le surnaturel, mais c’est vers un dénouement plus psychologique de l’intrigue que nous entraine l’auteur. Le palais des innocents est peuplé de personnages souffrant à divers degrés de troubles psychiatriques, de traumatismes enfouis qui ressurgissent pour semer la pagaille. Les chapitres sont consacrés à trois personnages cabossés qui nous présentent à tour de rôle leur point de vue sur les évènements : Bernard Cornière, le policier, présenté comme « l’homme gros » cache derrière sa boulimie une cruelle culpabilité. Olivia Walter « la fille au crâne rasée » souffre de cauchemars récurrents qui s’amplifient au fur et à mesure de l’avancée de l’affaire. Thomas Walter « le garçon à la tête d’ampoule » est un prodige au talent refoulé. Qui est cette femme qui l’aborde tous les jours à la sortie de l’école?

Tous ces personnages ont leurs secrets que l’auteur nous dévoile progressivement, se plaisant à nous aiguiller sur de fausses pistes, distillant suspense et angoisse au fil des pages jusqu’à un dénouement inattendu. Je remercie Netgalley et les Editions Rémanence pour cette lecture.

Thann – L’œil de la sorcière