La maison des solitudes – Constance Rivière – Stock Editions – Août 2021.

Elisabeth est issue d’une famille « mutique » où, par pudeur ou par bienséance, on préfère taire les choses. Une attitude lourde de sens qui devient difficile à porter au fil des générations : « Au jeu des Sept familles, je demande la famille silence. Le grand-père secret. La grand-mère mystère. La mère mutique. Le père motus. La fille bouche cousue. Une seule règle du jeu : pas de question. » Mais lorsque sa grand-mère dont elle était si proche enfant vit ses dernières heures isolée de tous dans un hôpital, la jeune femme veut absolument obtenir des réponses à ses questions : pour quelle raison sa famille s’est-elle disloquée, ses membres jusque là soudés s’ignorant désormais totalement ?

L’héroïne, Elisabeth, est une jeune femme à la recherche de son passé, il lui manque quelque chose pour se construire sereinement, une brèche demeure grande ouverte qui n’a jamais pu se refermer : sa mère, une femme énigmatique, comédienne de profession (car elle ne peut apparemment pas s’empêcher de faire semblant) a brusquement changé de comportement vis à vis de sa propre fille mais surtout de ses parents qu’elle refuse de rencontrer. Elisabeth n’a jamais compris cette « fracture » soudaine, inexpliquée survenue au cours de son enfance. Vivre au sein de cette famille déchirée est rapidement devenu un fardeau : une mère froide, distante, dépressive, des grands-parents qu’elle ne voit qu’aux grandes vacances dans une maison de campagne où résonnent encore mille souvenirs. Que cache ce mystérieux grenier dont l’accès lui était formellement interdit ?

S’oppose à ce récit calme au ton froid et poétique parfois, cette course contre le temps pour retenir les souvenirs et tout ce qui peut l’être d’une vie troublée par un secret de famille pesant. Le côté énigmatique de ce récit m’a beaucoup plu : j’ai comme Elisabeth eu envie de connaître les raisons de cette fracture soudaine dans une famille jusque là en apparence soudée. J’ai trouvé touchant le portrait de cette famille mutique où il est si difficile pour une jeune femme de trouver sa place. L’auteure dresse également avec beaucoup de sensibilité le tableau d’une époque actuelle, de notre société qui tente de réagir face à une épidémie dévastatrice. Les relations humaines y compris avec nos proches malades ou mourants sont réduits « tout comme les cartes bancaires » au sans contact… Attendre des heures dans ce couloir d’hôpital avec obstination sera pour Elisabeth l’occasion de se remémorer des souvenirs d’enfance et de se questionner sur les relations compliquées entre les membres de sa famille. C’est avec beaucoup d’empathie que j’ai suivi l’attente d’Elisabeth à la porte de l’hôpital, impatiente de revoir une dernière fois sa « grand-mère soleil« , de lui témoigner son affection mais aussi de discuter enfin avec elle de sujets graves, de poser les questions qui importent en faisant fi de ce mutisme familial intergénérationnel pour enfin faire éclater la vérité. Ce roman offre une réflexion poignante et réaliste sur notre rapport à la vieillesse et sur le temps qui passe trop vite.

Une lecture qui sort de mon genre de prédilection et qui pourtant là encore m’a entièrement satisfaite dans les sujets abordés. Je remercie NetGalley et les Editions Stock pour ce partenariat.