Gluttony – Laufeust – Auto-édition – Juillet 2021.

Gluttony est un roman fantastique qui m’a été proposé par Laufeust via le site Simplement Pro. Je remercie de tout cœur son auteur pour sa confiance et sa patience (ce roman aurait mérité sortir plus tôt de ma Pal…). Il nous emmène dans le Paris des années 1930, où se déroulent d’étranges et horribles évènements.

Une fois par semaine la bourgeoisie parisienne se réunit dans le grand hôtel particulier de Jules Lancenet, industriel très en vogue, directeur d’une conserverie spécialisée dans la viande de boucherie, produits raffinés que le tout Paris s’arrache. Or cette réputation est remise en cause lorsqu’Edmond Cossin, vieil ami de Lancenet et sous-secrétaire d’état au Ministère de l’Intérieur est retrouvé un lendemain de fêtes dans les caves de la demeure, victime d’une indigestion. Le commissaire Victor Rimard, également ami de Lancenet, enquête sur ce cas étrange : l’homme enfermé à double tour dans une pièce laissée à l’abandon, mangeait des restes humains… 😱😱

L’énigmatique prologue vous met en appétit : un homme plongé dans le noir est en train de se repaître d’un macabre festin. Entendons nous bien, le sujet bien que profondément choquant n’est pas traité de façon violente : pas de scène gore, à peine un filet de sang s’échappe par inadvertance d’une bouche trop pleine… Bien au contraire et c’est là la véritable prouesse de Laufeust, il nous parle de cannibalisme avec subtilité, finesse et raffinement ! Un parallèle s’établit entre ce qu’il se passe « à la surface » c’est à dire à la table réputée de Jules Lancenet où se dégustent de véritables festins qui vous mettront assurément l’eau à la bouche et dans le Paris « underground » où d’étranges créatures au régime particulier hantent les galeries souterraines.

Le personnage central, Victor Rimard, commissaire dans le VIIIe arrondissement, est en pleine ascension sociale, il est très fier de sa réussite et représente le modèle bourgeois par excellence. Il a une femme, une enfant adorable et une belle demeure. Mais tout cela va être mis à rude épreuve lors de cette enquête pour le moins atypique car la ville semble être la proie d’une force surnaturelle. Qui sont cette femme immense et cet homme rachitique qui hantent Paris, comme des fantômes ? Pourquoi tant de sans-abris sont incapables de manger quoi que ce soit ? Et pourquoi tout semble mener, inexorablement, aux égouts de la ville ?

Le contexte historique est fidèlement retranscrit, tout comme le milieu bourgeois de l’époque (mention pour le personnage de Dorothée, l’épouse de Victor qui a des ambitions personnelles et se bat pour échapper à sa condition de femme au foyer en dépit des diktats de l’époque). Le style de l’auteur est jubilatoire, décalé et pince-sans rire parfois, je ne peux m’empêcher de citer un passage (p53):

– Et ce passage aux abattoirs ? demanda Simon. Instructif ?

– Je sais désormais que débiter un être humain n’est pas une sinécure, dit Clotaire. Ce cher Monsieur Cossin devait vraiment être un passionné. Une sorte d’esthète de la découpe carnée. »

Je trouve le style un peu moins relevé dans la partie centrale du roman, le déroulement de l’intrigue et l’action prenant le pas sur les descriptions, mais ce n’est pas un mal car le récit est bien mené, nous réserve quelques surprises qui nous rappelleront que Gluttony n’est pas un vaudeville mais un bien étrange roman fantastique à découvrir !