La virevolte -Nancy Huston – Actes Sud Babel – 1994.

Quatrième de couverture ;

Un, deux, trois petits tours et puis s’en va: Lin a un mari, deux filles, des amitiés, des moments de rare bonheur. Inexorablement pourtant, une passion qui est aussi son métier – la danse – s’impose à elle. Jusqu’au jour où elle choisit…
La virevolte, c’est cela : une impulsion irrésistible, un élan, un jaillissement qui, de l’accouchement à l’abandon et à l’envoi, restent à jamais un sursaut vers la vie.
La danse, le mystérieux travail du temps, le vertige et le désarroi d’être mère, l’indicible solitude, la beauté et la vulnérabilité des corps, la puissance des cycles, l’énigmatique empreinte du destin familial : dans ce livre qui jamais ne juge, il y a une force de compréhension bouleversante.

Lin est danseuse professionnelle, elle aime son mari Derek et ses deux petites filles Angela et Marina, deux enfants désirés, mais qui lui prennent beaucoup de temps, surtout Marina la seconde qui a un caractère difficile. Lin se voulait t-elle réellement mère de famille ? Ou est-elle avant tout une danseuse, dont le corps est le seul véritable moyen d’expression?

L’écriture de Nancy Huston est intimiste : les pensées de Lin virevoltent, le lecteur les attrape au passage comme un voyeur derrière une fenêtre, et découvre des bribes de sa vie au gré de ses humeurs, de ses folies. La ponctuation, l’absence de ponctuation parfois, comme si l’auteure souhaitait mettre en suspens la vie de ses personnages, laisse planer le doute quant à leurs intentions, leurs sentiments et leur choix de vie. Lin partagée entre l’amour pour ses filles et sa passion pour la danse, délaisse peu à peu sa famille. C’est au départ un sentiment ténu, comme une fine pluie maussade, cet amour maternel gracile, puis il s’efface progressivement, submergé par la vague déferlante et passionnée : la danse c’est la raison de vivre de Lin! Le reste devient abject, avilissant, dénué d’intérêt, jusqu’au jour où elle choisit et abandonne sa famille. Les réactions des uns et des autres, la vie qui continue malgré tout, et l’impact de cet abandon sur l’une des deux filles, Marina, enfant difficile, adolescente rebelle devenue une jeune femme surdouée, experte dans l’histoire des camps de concentration…

La condition féminine est le sujet principal de ce roman : comment être femme et mère tout en restant un être à part entière fait de passion, de conviction et de choix personnels. Découvert totalement par hasard dans les rayons d’une bibliothèque, La virevolte est un livre qui a su me surprendre, tant par les sujets évoqués que par le style recherché et terriblement efficace de son auteure.