Une bête au paradis – Cécile Coulon – L’iconoclaste – Août 2019.

Une bête au paradis, prix littéraire Le Monde 2019 est un titre si médiatisé qu’il est difficile de ne pas avoir lu au moins quelques avis avant d’y mettre le nez. J’ai vu passer des articles tant positifs que négatifs sur ce roman, et le moins que je puisse dire après l’avoir lu est que je ne me suis pas ennuyée un seul instant. Bien qu’ayant deviné assez tôt la tournure qu’allait prendre le récit, l’écriture magnétique de Cécile Coulon m’a de nouveau séduite.

Une bête au paradis est une histoire de femmes, de battantes, habitées par une seule et même cause : préserver et défendre leurs terres, envers et contre tout. Dans une ferme isolée appelée Le Paradis, Emilienne élève ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, orphelins depuis le décès de leurs parents dans un accident de la route. Emilienne n’est pas une femme avec qui l’on transige et les petits, bien que ne manquant pas d’amour, sont élevés à la rude. Adolescente, Blanche rencontre Alexandre, son premier amour, mais celui-ci, dévoré par l’ambition, ne tarde pas à la quitter pour partir en ville. Lorsqu’il revient, leurs mondes se déchirent.

Le style de l’autrice est âpre, froid et dur comme de la terre gelée, un style qui colle à la rudesse de la vie agricole, celle que l’on ignore ou que l’on dénigre dans les villes. Mais derrière la glace se révèle une poésie de la ruralité, du temps qui passe inexorablement et de l’attachement aux racines. Cécile Coulon possède cette faculté incomparable de s’approprier un univers qui n’est pas le sien et cela force l’admiration. Il est difficile de situer temporellement cette histoire : pas de repère temporel, des personnages que l’on ne peut « caser » dans une époque précise : pas de téléphone, ni quelconque modernité technologique. Les personnages, tels des fantômes, semblent appartenir à la ferme, corps et âmes peut-être pour l’éternité, ils ne peuvent dés le départ échapper à leur destin… Des êtres auxquels il est difficile de s’attacher tant ils apparaissent froids et rudes, pourtant ils marquent les esprits par leurs actes et leur opiniâtreté. Cette puissante et tragique évocation du thème de prédilection de l’autrice, l’avancée des villes sur la campagne, classe Une bête au paradis parmi les romans français incontournables de ces dernières années.