Sukkwan Island – David Vann – Gallmeister – Janvier 2010.

Pour tenter de renouer avec son fils de treize ans, Jim décide de l’emmener vivre un an sur une île sauvage de l’Alaska. Isolés de tout, ils cohabitent difficilement, vivent de chasse et de pêche et affrontent une nature hostile et et un climat rigoureux. Mais le séjour va se transformer en cauchemar.

En partie autobiographique, ce roman sombre et violent est dédié au père de l’auteur, James Edwin Vann, décédé tragiquement à l’âge de 40 ans. David Vann s’est inspiré de son propre père pour créer le personnage de Jim, diminutif de James, et du drame familial vécu alors qu’il n’avait que treize ans et qui n’a cessé de le hanter depuis pour écrire ce récit. Bien sûr je n’en dis pas plus. Prix Médicis Etranger 2010, ce roman a consacré son auteur et la rendu populaire dans le genre Nature Writing. Le roman est composé de deux parties: dans la première il est fait état d’une impossibilité pour deux êtres pourtant père et fils de se rencontrer réellement : un père psychologiquement affaibli, qui traine sa souffrance et celle qu’il a infligé aux autres sans pouvoir reprendre pied, c’était le but de leur nouvelle vie pourtant… et un fils qui subit, qui n’ose pas dire ce qu’il ressent de peur de faire souffrir son père encore plus. Une situation inextricable qui devient dangereuse et ne laisse planer aucun doute sur son issue. A cela s’ajoute une nature hostile qui ne favorise en rien leurs conditions de vie et exacerbe leurs difficultés. Et une seconde partie qui développe les conséquences de la première (je reste obscure pour ne pas spoiler…), et dans laquelle la nature est toutefois moins présente.

Je trouve le style de l’auteur très proche de celui de Cormac McCarthy, dont j’ai lu récemment La route, roman dans lequel un père et son fils se trouvent également dans une situation extrême. C’est justement cette écriture âpre et magnétique qui m’a permis d’apprécier ce récit troublant. Je me suis juste demandée comment l’épouse divorcée qui a la garde du garçon a pu accepter de le laisser durant un an avec son père fragile psychologiquement, sur une île isolée du monde. Bref, le rythme intense l’a emporté : le lecteur devine rapidement que cela va mal finir mais à quel moment et dans quelles circonstances? Je n’ai pas vu venir le cataclysme fulgurant qui a anéanti le microcosme formé par ces deux personnages: quelle claque !