Le syndrome [E] – Franck Thilliez – Pocket, Octobre 2011.

J’ai choisi de relire ce livre en prévision de la série TV diffusée prochainement sur TF1… Dans ce tome a lieu la rencontre entre Sharko et Hennebelle, un roman charnière, qui fait suite à Deuils de miel côté Sharko et La mémoire fantôme côté Hennebelle. Je réalise à quel point Franck Thilliez est cruel avec ses personnages, à quel point il les fait souffrir ! C’est un auteur diabolique ! Rendez-vous compte, la petite bouffée d’oxygène dans ce roman pour le moins sordide, c’est le lien qui se crée dès leur rencontre entre les deux flics déjà tous deux bien amochés par la vie. Alors on se dit, un peu de tendresse dans un monde de brutes, ça ne fait pas de mal… Mais l’auteur ne voit pas cela de cet œil, pas de répit pour les braves, il va les essorer jusqu’à la moëlle !

Un ex-ami de Lucie passionné par les films anciens se retrouve hospitalisé pour cécité inexpliquée suite au visionnage d’un film découvert chez un collectionneur. Les images inquiétantes et malsaines intriguent Lucie qui demande expertise du film. Un film qui semble intéresser de mystérieux inconnus capables de tout pour le récupérer. En Seine-Maritime, cinq cadavres sont retrouvés atrocement mutilés, le cerveau prélevé et les yeux arrachés, mais la Crim est débordée et l’on fait appel à Franck Sharko en congé forcé. Les deux affaires vont étrangement se rejoindre pour réunir Sharko et Hennebelle dans une seule et même enquête, qui va les mener jusqu’en Egypte et au Canada.

L’envergure des romans de Franck Thilliez, outre ses personnages mémorables, tient dans le réalisme des faits énoncés. Dans ce livre sont évoqués des sujets bien réels : le génocide rwandais, la manipulation mentale (notamment grâce aux messages subliminaux), les expériences sur le lavage de cerveaux financées par la CIA ou encore la scandaleuse histoire des orphelins de Duplessis, orphelins qui ont faussement été déclarés malades mentaux par le gouvernement québécois et internés dans des institutions psychiatriques dans les années 1940 et 1960. Je me laisse portée par les romans de Thilliez mais j’aime également faire des petites recherches pour savoir ce qui est réel ou ce qui est inventé, et je suis toujours assurée d’aller de découvertes en découvertes, souvent sordides il faut bien le dire. Alors qu’en est-il du syndrome [E], existe t-il réellement ?

Le terme de Syndrome [E] aurait été proposé par le professeur Itzhak Fried, éminent neurologue, pour définir les phénomènes de contagion de la violence dans les génocides. « Le syndrome E comporte une série de signes distinctifs tels qu’une perte d’affect, des idées obsessionnelles, une excitation temporaire due aux actes violents suivie d’une habituation où la violence devient banale, un effet de compartementalisation (les bourreaux peuvent exterminer le matin, et vivre une vie de famille rangée le soir) et un effet de contagion du groupe ». (The Lancet, décembre 1997). Dans le cas présent, sous l’imagination inspirée de Franck Thilliez ce syndrome [E] aurait servi les intérêts de la CIA… On a l’impression que tout peut être vrai en lisant un tel livre, c’est assurément le plus inquiétant !

Ce sera la seconde adaptation d’un roman de l’auteur après La Chambre des morts, qui a pour ma part fixé les traits de Mélanie Laurent sur le visage de Lucie Hennebelle. L’actrice collait parfaitement au personnage et j’aurais aimé la retrouver dans cette série, mais qui sait peut-être au cinéma un jour… En tout cas j’attends avec impatience cette série, qui je l’espère sera fidèle au roman, et je lui souhaite une belle réussite car l’œuvre de Thilliez dans son ensemble le mérite. Apparemment il y aura une suite, inspirée non pas de Gataca (la suite littéraire du Syndrome [E] ) mais de Atom[ka]


Publicité