Angélus des ogres – Laurent Pépin – Editions Flatland – Septembre 2021.

Avec Angélus des ogres, nous retrouvons le narrateur de Monstrueuse Féerie, l’intense première novella de Laurent Pépin. Ce second tome est tout aussi inclassable et surréaliste que le premier mais connaissant déjà le style de l’auteur je l’ai abordé avec plus de sérénité et je m’y suis sentie plus à l’aise, élément important pour être réceptif au sujet. Nous voici donc de retour au sein de l’hôpital psychiatrique, dans le service des « patients volubiles » où le narrateur, « patient-salarié », voit son bureau se transformer en chambre de soins, lieu de rencontres pour les Monuments (patients internés). Au contact des autres, ces êtres en proie à de sévères problèmes psychologiques, réapprivoisent la parole. N’est-ce pas déjà reprendre le contrôle de sa vie ? Mais la direction du centre décide d’adopter de nouvelles méthodologies qui bouleversent les patients : leur but est de filtrer les pensées singulières pour les entraver. Le narrateur qui jusqu’alors considérait son métier de psychologue comme un poste d’assistant auprès d' »inventeurs » se retrouve perturbé par ces nouvelles mesures.

« Il faut bien reconstruire le monde à sa façon, on ne peut quand même pas le prendre tel qu’il est. »

Autour de lui gravitent d’autres personnages parmi lesquels Lucy qui a un rôle à part entière dans le récit (tout comme l’Elfe dans le tome 1). Lucy est une jeune anorexique dont le narrateur devient le confident, l’ami très proche. Elle possède un don bien particulier, celui d’attraper « les fragments de vie résiduel », autrement dit elle a la capacité de capturer les Monstres qui peuplent les esprits, notamment ceux du narrateur. Mais pour quelle raison s’obstine t-elle à lui imposer cette règle : ne surtout pas la voir entre minuit et cinq heures du matin ?

J’adore le grain de folie des textes de Laurent Pépin, peuplés de personnages aux pensées à la fois désopilantes et profondes, d’une sincérité désarmante. Ces êtres enfermés dans un asile psychiatrique ont finalement une liberté de penser que peu de personnes soi-disant « libres » ou « normaux » connaissent. La force de création de l’auteur m’interpelle: il nous propose une réflexion sur la puissance des mots, et au delà de cela, à mon avis, une réflexion sur l’importance de l’intégrité face à la culture de masse. Si l’originalité de son écriture impose un minimum d’ouverture d’esprit, ainsi qu’une lecture au second degré, son style poétique et son imagination débordante sont très surprenants.

Si l’univers déjanté et fascinant de Laurent Pépin vous attire, je vous conseille de lire dans un premier temps Monstrueuse Féerie, avant celui-ci qui confirme véritablement l’originalité de l’auteur. Je le remercie vivement pour sa confiance renouvelée.